Le mercredi 09 octobre dernier, j’ai pris part à des séances de cours d’alphabétisation à l’Ecole Primaire Publique Sicogi 2 sise à Yopougon Sicogi.

En effet, depuis un moment, se déroulent dans ledit établissement des cours d’alphabétisation à l’initiative de l’UNESCO, en collaboration avec NESTLE-CI et le Ministère de l’Education Nationale. Cette action s’inscrit dans le cadre du projet d’alphabétisation visant 507 femmes des communes de Port Bouet et de Yopougon.

Ce fut un bon après-midi que j’ai eu la joie de partager avec ces femmes de tout âge qui, difficilement mais courageusement, apprennent à lire, à écrire et à compter. Lire aussi un article sur l’alphabétisation ICI
Je vous raconte l’histoire de ces valeureuses femmes qui ont décidé de prendre leur destin en main en vue de sortir de l’obscurantisme qui avilit parfois l’Homme.

J’étais à côté de Massiata Soumahoro qui est vendeuse d’eau, de jus de bissap, de gnamankou et de bijoux. Massiata est
de 73 et elle a décidé depuis peu, d’apprendre à lire, à écrire et à compter pour son commerce.
A cet âge Massiata ose, sans honte, sans regret. Et toi quel argument as tu? Tu n’as aucune excuse.
Comme le disait @Nnenna “Prendre de l’âge est une obligation, vieillir est un choix.
Quelle que soit ta situation, Femme, tu peux toujours te mettre à l’école de la connaissance en rejoignant un
centre d’alphabétisation pour ton autonomie.

J’ai rencontré Christelle,17 ans. Elle m’a confié qu’elle a quitté les bancs en classe de CE1 faute de moyens financiers.
Christelle a appris par sa meilleure amie que des cours d’alphabétisation étaient organisés. Elle s’est inscrite et depuis,
elle progresse.

Christelle a souhaité mener une petite activité génératrice de revenus. Séance tenante, elle a eu un petit apport pour débuter
un petit commerce.

Je revois son visage et ses grands yeux grandement écarquillés face au geste. Elle n’en revenait pas certainement.
Christelle a promis démarrer au plus vite une activité et me faire les points les mercredis durant les cours par le canal
de son moniteur.

Pour chaque jeune fille, un accompagnement à s’insérer dans le tissu social pour ne pas tomber dans des travers est souhaité.
Bravo à Christelle qui malgré les conditions difficiles, a repris le chemin du savoir.

L’histoire de cette maman m’a vraiment épatée. A cet âge adulte, on aimerait voir nos mamans épanouies et au repos
mais pas pour parcourir plus de 60 kms à la recherche du pain quotidien. Elle se nomme Maman Zady Mireille joachin,
la cinquantaine révolue.

Elle me raconte qu’elle avait un emplacement où elle vendait à kouté. Mais hélas ! un jour ses effets ont pris feu et depuis,
elle paye des chemises à Abidjan qu’elle va revendre à Elibou à plus de 60 Kms d’Abidjan. Je n’ai pa pu retenir les larmes.
C’est une maman très digne, brave et courageuse.

Malgré cette activité contraignante du fait de sa rudesse, et le poids de l’âge, 50 ans révolus, Maman Zady ne manque
pas de temps pour se mettre à l’école du savoir lire et écrire.

Femme, que ton activité ne t’empêche pas de t’initier à l’alphabétisation.

Partie partager un instant de situation de classe avec les femmes de tout âge participant aux cours d’alphabétisation, la rencontre s’est transformée en un petit moment de coaching.
Je me suis ouverte à elles. En me servant de ma modeste vie, je leur ai parlé de mon parcours, de mes échecs, de mes difficultés et bien d’autres choses.
A travers leur regard je lisais l’étonnement, le respect, l’émerveillement et parfois ce sentiment d’avoir vécu les mêmes choses.
Je leur ai parlé de la nécessité pour elles de laisser leurs filles aller à l’école. Pendant que les petits garçons jouent au ballon, ou même étudient, que les petites soient aussi à l’apprentissage à travers la lecture.
Je leur ai fait comprendre que la place de la fille n’est pas dans la cuisine, encore moins au marché. Elles peuvent le faire pour aider maman, mais cela ne doit pas être leur unique rôle.
Nous avons parlé de la nécessité de garder un œil sur leurs filles en leur évitant certains fléaux tels que les viols et les Infections Sexuellement Transmissibles (IST).
J’eus un sentiment de bien-être profond. Au contact de ces femmes battantes qui se refusent à baisser les bras, c’est moi qui ai été subjuguée par leur ténacité et la joie de vivre qu’elles communiquent malgré les revers de la vie. Une chose semble certaine: le sourire ne les quitte jamais. J’ai un vrai coup de cœur à l’idée de les voir dominer la vie.
Nous nous sommes quittées en nous promettant de nous revoir très bientôt.